Conclusions du Panel,
par Giorgio Gosetti (délégué général des Giornate degli Autori)
Faire une synthèse en arrivant en retard est un exercice délicat, mais je crois qu’au-delà des contraintes de temps, nous devons nous poser une question centrale. Si l’on peut admettre que la politique et la réglementation suivent généralement les évolutions du marché, il est aujourd’hui impératif de disposer d’un cadre législatif capable de répondre à la réalité concrète de ce marché. Sur ce point, nous accusons un retard généralisé dans presque tous les pays.
En revanche, nous assistons à une affirmation de plus en plus forte des acteurs européens. Les groupes privés qui se sont formés sont désormais capables de négocier des résultats probants à l’échelle internationale, en se mesurant à d’autres cultures et d’autres nations.
Puisque nous sommes à Eurovisioni, je souhaiterais relancer un sujet fondamental pour l’avenir : celui des contenus culturels et du rythme du langage. Au-delà de la diversité linguistique de l’Europe, sommes-nous capables de proposer un rythme d’expression qui soit à la mesure de nos cultures ? Je pense à des œuvres comme Le Comte de Monte-Cristo, qui parviennent à s’adresser à des traditions et des pays différents en étant à la fois parfaitement compréhensibles et profondément originales.
Nous voyons de plus en plus sur la scène internationale des productions européennes qui se distinguent nettement des autres modèles, portées par des capitaux et des financements solides. Si nous poursuivons dans cette voie, nous pourrons relever un autre défi passionnant : celui de soutenir les cultures et les identités locales. L’histoire du cinéma nous a prouvé que ce qui est local peut devenir universel ; tout l’enjeu est de savoir opérer cette liaison.
Il est aujourd’hui essentiel de demander à l’industrie européenne de travailler de manière pragmatique. Il ne s’agit pas seulement d’afficher quelques noms célèbres, mais d’utiliser la force de la réalisation pour imposer un intérêt culturel. Par exemple, si l’on produit une série sur les Médicis, même un public lointain comme le public chinois peut s’y intéresser grâce à la puissance de la mise en scène, comme c’est le cas pour les œuvres d’Alexandre Dumas ou d’autres références nationales. Parfois, cela fonctionne même avec des réalités plus sombres : l’Italie a la mafia, un sujet si local qu’il en est devenu un produit d’exportation international très efficace.
Tous ces éléments peuvent donner une voix et une force considérables aux produits européens sur les marchés mondiaux. En tant que spectateur et citoyen, je n’attends qu’une chose de la législation européenne : qu’elle reconnaisse que si le public exprime des demandes, il demande souvent ce qu’on lui a appris à consommer. Sommes-nous capables de maintenir des marchés suffisamment ouverts pour susciter de nouvelles aspirations chez le public, plutôt que de simplement suivre les prévisions du marketing ? Le marketing international est aujourd’hui bien plus puissant que celui des produits audiovisuels européens. C’est sur cette faiblesse que nous devons impérativement mener une réflexion.
