Résumé de la conférence - Comment l'IA modifie profondément les secteurs artistiques, culturels, créatifs et médiatiques ?


Résumé de la conférence (*)

Comment l’IA modifie profondément les secteurs artistiques, culturels, créatifs et médiatiques ?

Organisée par l’eurodéputée Daniela Rondinelli

et par Eurovisioni, à Bruxelles

Parlement européen, 14 février 2024

Notre membre, la coalition italienne Eurovisioni, a organisé un débat au Parlement européen sur l’impact de l’IA sur les secteurs de la culture, de la création et des médias. Modéré par Giacomo Mazzone, le panel était composé de quatre députés européens, de la Commission et de sept panélistes.

Par la voix de sa présidente, Carole Tongue, le CECC était représenté en personne. Son discours a été fortement applaudi par les participants, elle a souligné la nécessité de

  • mettre en œuvre les principes de transparence pour l’I.A. générative
  • ne pas utiliser les exceptions du TDM inscrites dans la directive sur le droit d’auteur de 2019, car elles ne sont pas réalisables et tournent le droit d’auteur contre les détenteurs de droits des créateurs
  • éviter que les entreprises d’IA n’obtiennent gratuitement leurs matières premières auprès des créateurs. Il doit donc y avoir une rémunération équitable par le biais de licences ou d’autres méthodes.
  • Une plus grande transparence des algorithmes est nécessaire pour les utilisateurs et les créateurs.

Elle a exhorté la Commission à réfléchir à un nouveau modèle (potentiellement l’octroi de licences) et à une proposition législative traitant spécifiquement de l’impact de l’IA sur la culture. Une négociation collective forte pour les travailleurs créatifs est également nécessaire pour éviter que les acteurs/artistes n’aient à céder leurs droits à l’image.

L’eurodéputé Brando Benifei (S&D, Italie, rapporteur IA ACT) s’est félicité des progrès réalisés dans la loi sur l’IA en termes de transparence et a appelé à une plus grande transparence.

L’eurodéputéeDaniela Rondinelli (S&D, Italie) a appelé à davantage de synergies entre la DG Connect et la DG EAC en vue des futures élections. Elle a indiqué que le travail sur la loi sur l’IA se poursuivrait après les élections européennes.

L’eurodéputé Domenec Ruiz Devesa (S&D, Espagne, rapporteur du rapport sur le statut de l’artiste pour CULT) a présenté son rapport, qui traite de l’IA générative et appelle à la protection des créateurs. Il a demandé à la Commission de répondre à la proposition du Parlement dans le rapport d’élaborer un projet de directive sur les conditions de travail.

Le député Antonius Manders (PPE, Pays-Bas, rapporteur du rapport sur le statut de l’artiste pour l’EMPL) a insisté sur le fait que l’IA n’est pas créatrice mais copieuse et que nos créateurs doivent bénéficier d’une forte protection des droits d’auteur.

Toussaint Tiendrebeogo, secrétaire général de la Convention 2005 de l’UNESCO, a présenté les initiatives pertinentes de l’Unesco sur le statut de l’artiste et l’éthique de l’IA, a rappelé le rôle essentiel des CCS pour l’Unesco et a annoncé qu’une étude sur la consultation sur le statut de l’artiste serait présentée au Comité intergouvernemental à la fin du mois.

La Commission, représentée par Judith Videcoq, chef d’unité à la DG EAC et Europe créative, a vanté les mérites de tout ce que la Commission a fait : Le paquet DSA, la directive 2019, la loi sur l’IA et maintenant une étude de la Commission sur l’impact des algorithmes afin de mieux promouvoir le contenu de l’UE à l’avenir. Elle a présenté tous les budgets d’Europe créative, les fonds Horizon et les fonds de relance et de résilience qui peuvent être utilisés pour les priorités culturelles et numériques. Le cloud pour le patrimoine culturel est en cours de développement. Elle a semblé confirmer, entre les lignes, que la réponse à l’appel du Parlement pour une directive sur les conditions de travail des créateurs pourrait être négative. Une lettre est attendue à la fin du mois. Elle a présenté les initiatives de la Commission pour créer des clusters dédiés à la culture et a renouvelé la volonté de la Commission d’obtenir une rémunération équitable pour les créateurs. Elle s’est excusée de l’absence de la DG Connect.

Eric Scherer, Directeur de l’Info Media Lab à France TV a appelé à mettre fin à la collecte de données auprès des organisations médiatiques et a souligné que l’opt-out dans la loi sur l’IA n’est pas suffisant. L’exception prévue à l’article 3 pourrait être utilisée comme un leurre, car toutes les grandes entreprises technologiques disposent désormais d’une fondation de recherche et peuvent prétendre à l’exception prévue à l’article 3.

Les entreprises d’IA :

– ne Respectent pas le travail des éditeurs :

– n’indiquent (dans leur rôle de moteur de recherche) les sources des contenus qu’ils génèrent et qu’ils proposent aux utilisateurs.

– Amplifient la désinformation

– Ne fournissent pas de transparence

Que faire si demain rien dans l’actualité n’est crédible ?

Pourquoi la désinformation ne figure-t-elle pas dans la loi sur l’IA ? L’IA ouverte ne figure pas dans la DSA

L’IA ne mentionne pas le risque de désinformation… pourquoi ?

Les éditeurs ont besoin de la coopération des plateformes sur la désinformation en particulier.

FRTV veut négocier des licences sur les conditions d’utilisation de son contenu par l’IA générative, et garantir sa traçabilité.

Comment protéger les journalistes et leurs revenus ?

Qu’en est-il du scraping de données non autorisé ?

La nouvelle IA générative ne respecte pas les contenus des éditeurs

Nous inventons les médias de demain sans notre consentement en utilisant nos contenus

3 demandes principales :

  1. Les plateformes doivent nous demander la permission
  2. Doivent négocier les résultats de l’IA générative
  3. Doivent nous aider à tracer l’utilisation de l’IA

Olivier Roethig, secrétaire régional Syndicat UNI Europa,

Comment avons-nous notre mot à dire sur le fonctionnement de l’IA ? Comment les énormes profits de l’IA seront-ils équitablement partagés ?  Tous les secteurs seront touchés. Les cols blancs perdront leur emploi. On ne peut pas forcer les écrivains à utiliser l’IA. La négociation collective doit intervenir. Les syndicats essaieront d’utiliser l’exemple des syndicats américains. La culture du partenariat social est essentielle.  Les droits des travailleurs doivent être séparés de la loi sur l’IA. L’IA n’est pas transparente. Demande un partage équitable de la valeur lors des négociations avec les partenaires sociaux.

Propose une directive sur les plates-formes qui traite de la négociation collective.

Renate Schroeder, directrice générale de la Fédération européenne des journalistes, a mis en garde contre le pouvoir et le potentiel d’abus des plateformes.  Elle s’est demandé si les développements de l’IA seraient le dernier clou dans le cercueil des médias. Elle a mis en garde contre le remplacement des professionnels du journalisme (Axel Springer a licencié plus de 200 journalistes, rédacteurs et rédacteurs en chef). Rien ne peut remplacer les performances humaines des journalistes. L’IA doit rester un outil, et son développement et sa mise en œuvre doivent se faire dans le respect des droits de l’homme.

Antonio Arcidiacono, directeur de la technologie et de l’innovation de l’UER

S’adressant directement aux créateurs et aux travailleurs créatifs, il a déclaré : nous devons unir nos forces face aux géants de la technologie. Nous devons nous défendre et ne pas être fragmentés. Cherchez les avantages et les nouveaux emplois. Les médias vont changer et il faudra de nouveaux partenaires de confiance pour servir d’intermédiaires entre les gens et les entreprises d’intelligence artificielle.

Avant tout, nous devons éduquer les nouvelles générations et leur donner les compétences nécessaires en matière d’analyse critique.  Commençons par les enfants de 7 à 11 ans et impliquons nécessairement leurs parents dans cette démarche.  Le service public deviendra encore plus important avec le rôle d’informer, d’éduquer et de divertir. Les membres de l’UER doivent agir de toute urgence dans ce domaine.

DEBAT :

L’OIT a participé à l’événement en fournissant une compilation de statistiques sur les emplois dans les secteurs de la création et des médias en Europe, ainsi qu’une simulation de l’impact possible de l’intelligence artificielle sur ces professions (voir pièce jointe).

Au cours du débat qui a suivi les présentations est intervenu le Secrétaire Général de la FIA (Fédération Internationale des Acteurs), qui a dénoncé le fait que déjà les nouveaux contrats proposés aux membres de sa fédération par les grandes sociétés de production incluent souvent la cession des droits à l’image de l’acteur à perpétuité. Une clause que seuls quelques acteurs parmi les plus célèbres pourraient refuser, mais que la plupart des jeunes sont obligés d’accepter. La représentante des interprètes professionnels s’est plainte du fait que la catégorie qu’elle représente perd déjà des opportunités d’emploi parce que de nombreux événements ne sont pas pris en charge par les sociétés de production.

La représentante des interprètes professionnels s’est plainte que la catégorie qu’elle représente perd déjà des opportunités d’emploi parce que de nombreux événements les remplacent par des outils de traduction automatique.

Le représentant de la FEP (éditeurs européens) a soulevé la question d’une faille potentielle dans la loi sur l’I.A., car certaines grandes entreprises d’I.A. forment leurs machines en utilisant les livres accessibles dans les bibliothèques publiques. Il a invité les députés européens à surveiller de près ce genre de moyens de contourner les nouvelles règles de l’UE…..

(*) redigé en anglais par Manon Montrouge, CEDC